" Quant aux dentelles, nous les voulons d'un grand prix, cet ouvrage, sorti des mains des fées elles-mêmes, ne connaissant point la médiocrité."
***
Je découvre sur l'excellent Livrenblog, que Stephane Mallarmé pris l'initiative déconcertante de publier un Journal de mode, "La Dernière Mode - Gazette du Monde et de la Famille", entre septembre et décembre 1874, où il aime à dévoiler les paysages toujours changeants d'une robe ou d'une étoffe - les poults de soie, les satins, les velours à nuls autres pareils, les gazes et les tulles, les crêpes de Chine, les tissus lamés d’or et d’argent, goût somptueux, magnifique, ressuscité de jadis, les Cachemires de nuance claire... les roses et rose thé, bleus et bleu de ciel, les maïs, les réséda, les myosotis, les crème et gris clair de lune - et les frivolités du monde féminin.
Et comble de poète, il se rêve lectrice et modiste, entreprend de tenir tous les rôles feminins, se pare de pseudonymes enchanteurs tels que Marguerite de Ponty, Miss Satin, Zizy ou Olympe la négresse, y tient toutes les rubriques et assure les différentes fonctions de secrétaire, rédacteur et rédacteur en chef. Cette savoureuse aventure connaîtra huit numéros.
***
J'en apprends un peu plus sur la petite histoire, en feuilletant " Stéphane Mallarmé, l'encre et le ciel" de Roger Bellet (Champs Vallon).
"A un moment, désesperant du despotique bouquin laché de moi-même, j'ai, après quelques articles colportés d'ici et de là, tenter de rediger tout seul, toilettes, bijou, mobilier et jusqu'au théatres et aux menus de diner, un journal La dernière mode, dont les huit ou dix numeros parus servent encore, quand je les devets de leur poussière, à me faire longtemps rêver"
(15 Novembre 1874)
" C'était un journal bimensuel de huit pages, couvertures bleue, à vignettes."
Stéphane Mallarmé y dispensa conseils sur l'education des jeunes filles, sur les livres scolaires, des recettes et conseils de lecture; il donna aussi une chronique des théatres , de la vie parisienne et des bains de mer.
***
"Qu'importe, madame, que dans le salon temoin de votre triomphe, le trumeau traditionnel, pour attributs sculptés, revendique un masque tragique ou bouffon, accompagné d'une flûte mêlée aà des pinceaux, tandis que s'en déroule a demi un manuscrit, si tout ce vieux style francais (encore de mode!) orne simplement le cadre d'une glace où vous vous reconnaissez. " (6 septembre 1874)
"A celles d'entre vous, Mesdames, qui ne séduirait pas une etiquette mythologique, je propose l'Oppoponax (eau, creme et savon), l'Exora, L'Ylang Ylang, ou le Nard Celtique: goûts étranges mais délicieux, dont respirée, la senteur fait rêver comme simplement prononcer le nom." (20 décembre 1874)
" Une robe trainante et collante en dentelle noire semée bizzarement d'acier bleue à reflets d'épee" ( 15 novembre 1874)
***
Notons auss la réedition de certains articles culinaires du Journal de la Dernière mode dans Le Carnet d'or - Déjeuners, dîners & recettes aux éditions Cendres, dont vous pouvez lire une critique sur Bibliobs
***
Et sinon, quelques images pour mettre l'eau à la bouche...
Réedition en fac similé des 8 numéros de la revue, éditée pour la Maison Dior par Ramsay en 1979.
La Dernière Mode, 6 décembre 1874 , Bibliothèque nationale de France , Visual Culture
Les commentaires récents